Perspectivia

[s. l. ][Potsdam ]ce 10 de Dec[embre] 1754

Ma tres chere Soeur.
J’ai reseu [reçu ]Avec [l… ]bien du plaisir L’agréable Description que Vous faites[,] ma chere soeur[,] de Votre sejour de Lion[.] je ne doute pas que Vous n[’]y trouviéz toute sorte d’amusemens digne de Vous[,] tant par raport aux antiquitéz[,] monumens[,] tablaux et ruines, que dans La Compagnie des français, c’est a present chéz cette Nation que les arts ont posé leur siege, nous avons peutetre autans de savans en allemagne qu[’]il yen a la bas, mais c’est surtout le Gout fin et rafiné qui distingue Les gens de lettres de france de ceux de notre patrie; vous trouveréz dans tout les Couvens de Jesuite des gens lettréz et aimables, et il faut avouér que chaque jesuite français[,] pris en particuillér[,] fait un hom[m]e estimable, mais malgré cet avantage, la Sosieté prise en Corps est une abomination, je ne parle point come Heretique[,] mais en filosofe, qui deteste La Morale relacheé et les principes horibles que tout leurs Casuistes ensegnent[,] et Selon lesquels leur ordre se Conduit. mais je n’ai pas besoin de Vous en parlér[;] vous avéz trop lûe l’histoire pour ne Les pas conoitres[,] et cet Ordre est si fort conû en france qu[’]il y est hay generalement; du moins doivent il me le pardonér[,] Puisqu[’]ils sont enemis declaréz de tout les Rois et de | tout pouvoir Legitime qui ne ploye pas sous leur Caprisse. il fait ici le plus beau tems du monde[,] un peu plus froit que Chéz Vous[;] il gele Les Nuits[,] mais on peut se promener 4 heures par jour sans se plaindre du froit.
Je ne sais de quoi je m'avisse de Vous entretenir de la pluye et du beau tems, soyez sure, ma chere sœur que de toutes les Nouveles que Vous m'ecrirai, cele de Votre Santé me sera la plus agréable etant avec la plus parfaite tendresse[,]

Ma tres chere soeur[,]
Votre tres fidele frere et serviteur

Federic